L’obésité infantile est aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. En France, environ 1 enfant sur 20 est obèse, tandis qu’aux États-Unis, c’est près de 1 enfant sur 5. Si la sédentarité, notamment liée au temps passé devant les écrans, joue un rôle, l’impact des aliments ultra-transformés sur la santé des enfants est aujourd’hui un facteur déterminant. En tant que diététicienne, j’alerte sur ces effets, qui nuisent à leur croissance et à leur développement.
Une progression inquiétante chez les enfants
En France, la proportion d’obésité chez les enfants a augmenté d’environ 30 à 40 % en vingt ans selon les données de Santé publique France. Aux États-Unis, la situation est également préoccupante. Pendant la pandémie, le rythme de progression de l’obésité infantile a doublé.
Aujourd’hui, 67 % des calories consommées par les enfants américains proviennent d’aliments ultra-transformés, ils sont riches en sucre, sel, mauvaises graisses et additifs en tout genre.
Marketing alimentaire : Quand Spiderman et Pat patrouille se retrouvent sur nos emballages alimentaires.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Les choix alimentaires des enfants ne se font pas par hasard. L’industrie agroalimentaire et la restauration rapide savent que les préférences gustatives se développent très tôt, elles ont donc mis en place des stratégies marketing visant les plus jeunes.
Elles utilisent des personnages de dessins animés pour attirer l’attention des enfants ou effectuent des dons de fournitures scolaires portant leurs logos dans les écoles (aux États-Unis). Leur objectif est d’habituer les enfants aux produits ultra transformés dès le plus jeune âge. Selon Johann Hari, journaliste au New York Times, plus d’un milliard de dollars par an est dépensé par l’industrie aux États-Unis pour ce type de marketing ciblant les enfants.
Ces pratiques ont contribué à populariser des produits alimentaires qui favorisent le surpoids et l’obésité. Beaucoup d’entre nous y ont été exposés dès l’enfance : Kellogg’s, Kinder, Nutella, MacDonald,… et le tout arrosé de boissons gazeuses. Une combinaison de saveurs sucrées, crémeuses, croquantes et salées dont nous connaissons aujourd’hui la difficulté à nous passer.
Des risques majeurs pour la santé
Les scientifiques ont largement étudié les effets de l’obésité sur la santé des enfants. Dans le livre Pilule Miracle de Johann Hari, le spécialiste de l’obésité Giles Yeo, chercheur à l’université de Cambridge, souligne :
« Lorsqu’on souffre d’obésité pendant l’enfance, il est très difficile d’inverser la tendance… Il est donc probable que l’on restera obèse toute sa vie, ou une majeure partie de sa vie. »
Cela s’explique en partie par le fait que les cellules de stockage de graisse, les adipocytes, qu’ils soient vides ou pleins restent à vie et sont de véritables “réservoirs prêts à se remplir”. Chez l’enfant, leur multiplication est plus rapide, ce qui rend le stockage des graisses plus efficace et l’obésité infantile difficile à inverser.
Une synthèse scientifique publiée en 2023 dans la revue Pediatrics, journal de l’American Academy of Pediatrics, indique que l’obésité expose les enfants à des problèmes graves comme :
- maladies cardiovasculaires (problèmes de cœur, le sang circule moins bien)
- dyslipidémie (trop de mauvaises graisses dans les artères)
- insulinorésistance (clefs bloquées, le glucose n’arrive plus à nourrir les cellules)
- diabète de type 2 (trop de sucre dans le sang)
- stéatose hépatique non alcoolique (foie gras)
Ces maladies figurent parmi les plus meurtrières dans les sociétés occidentales.
Apprendre à mieux manger dès l’enfance
Face à cette situation, il est urgent d’améliorer l’alimentation des plus jeunes.
5 clefs pour accompagner son enfant vers une alimentation saine:
L’objectif n’est pas d’interdire, mais d’aider les enfants à développer leur goût et à construire une relation saine avec l’alimentation.
1. Privilégier la modération plutôt que l’interdiction
Plutôt que de dire : « ne mange pas ce gâteau », il est préférable d’expliquer que le gâteau peut bien sûr être apprécié, mais pas tous les jours. Les enfants apprennent ainsi que certains aliments sont des plaisirs occasionnels, sans devenir des interdits.
2. Enseigner la notion d’équilibre alimentaire
Les enfants peuvent comprendre que chaque aliment a un rôle dans leur corps. Expliquer l’origine des aliments et leurs bienfaits les aide à percevoir l’alimentation comme un ensemble équilibré plutôt qu’une série de restrictions.
3. Encourager la découverte de nouvelles saveurs
Inviter les enfants à goûter différents aliments, par exemple un fruit frais ou sec, leur permet d’élargir progressivement leur palette gustative.
4. Expliquer comment les aliments nourrissent le corps
Comprendre qu’un aliment apporte de l’énergie, fortifie les os ou donne de la force permet aux enfants de faire plus facilement des choix alimentaires équilibrés.
5. Cuisiner ensemble
Impliquer les enfants dans la préparation des repas stimule leur curiosité alimentaire. Lorsqu’ils préparent eux-mêmes un légume qu’ils n’aimaient pas au départ, ils sont souvent plus enclins à le goûter, même en petite quantité.
Santé publique France a publié le guide Manger-Bouger pour les parents d'enfants de 4 à 11 ans:
On y trouve les recommandations actuelles sur leur alimentation, activité physique et sédentarité, et aussi des conseils, recettes simples, astuces et activités à pratiquer en famille.
Un enjeu pour la prochaine génération
Améliorer l’alimentation des enfants apparaît aujourd’hui comme un enjeu majeur de santé publique. L’objectif est double : inverser tout d’abord la tendance, et finalement éviter que la prochaine génération ne devienne dépendante d’aliments ultra-transformés, peu rassasiants et néfastes pour la santé.
Éducation alimentaire, cuisine en famille, découverte de nouvelles saveurs… et pratique régulière d’activités physiques sont de véritables leviers pour aider la prochaine génération à mieux se nourrir et à rester en bonne santé.
En tant que diététicienne, j’accompagne de manière ludique les parents qui souhaitent aider leurs enfants à développer des habitudes alimentaires plus saines. Mettre en place un « manger bon, sain et gourmand ».





Article très pertinent, l’essentiel est dit j’aurai aimé le lire il y a 16 ans afin de ne pas me laisser absorber par cette industrie de nourriture ultra transformée dans laquelle on tombe rapidement afin d’assouvir le plaisir de nos chérubins envieux d’avoir la même chose que les copains .. maintenant je rectifie le tir mais c est plus compliqué ( pas irréalisable)
Merci